27 July 2007

Les simpson: interview des voix françaises Philippe Peythieu et Véronique Augereau




C’est la pire catastrophe que Springfield ait connue, et tout est la faute de Homer, de son nouvel animal familier - un cochon - et d’une fuite dans un réservoir rempli de déjections… Une foule folle de rage se dirige droit sur la maison des Simpson. La famille parvient à s’échapper de justesse, mais ses membres se retrouvent rapidement séparés après s’être disputés.

Cette fois, plus que jamais, les citoyens de Springfield ont toutes les raisons d’en vouloir aux Simpson. La catastrophe a attiré l’attention du Président des Etats-Unis, Arnold Schwarzenegger, et du chef de l’Agence pour la Protection de l’Environnement, Russ Cargill. Sous prétexte de contenir le désastre, Cargill va révéler sa vraie nature ainsi que ses véritables
objectifs, et mettre au point un plan diabolique qui menace l’existence même de la ville...

Alors que le destin de Springfield et du monde entier est en jeu, Homer se lance dans la plus grande aventure qui soit : sauver la planète, mais plus difficile encore, obtenir le pardon de Marge et rassembler à nouveau sa famille !
Entretien générique avec Philippe Peythieu et Véronique Augereau, les voix de Homer et Marge Simpson

Quand avez-vous découvert les Simpson et qu’en avez-vous pensé ?

Philippe : « J’ai découvert quelques images d’un animatique en 1989 alors que je passais le casting voix. Nous avons ensuite pu voir une petite minute de la version américaine. Je me suis dit que ces personnages à la peau jaune, avec quatre doigts, servis par une animation de manga à quinze images/ seconde, n’avaient aucune chance de rencontrer le succès ! Nous ne comprenions pas pourquoi le processus du casting des voix était aussi long et aussi complet - tous les comédiens de la place de Paris y sont passés ! - pour une série qui, à notre avis, n’allait pas dépasser les treize épisodes de la première saison ! »

Véronique : « Philippe et moi nous étions déjà croisés sur des plateaux. Pour nous, c’était un projet comme un autre. Nous n’avons pas passé les essais en même temps. Je faisais du doublage depuis peu de temps et je suis arrivée à la fin des quatre mois de casting. Plus que par les dessins, j’ai été étonnée par la présence de tout le staff américain. Pour un simple essai, c’était impressionnant. Je me demandais pourquoi il y avait un tel engouement pour ces personnages aux yeux globuleux et au dessin assez primaire… « Philippe et moi n’avons enregistré les premiers épisodes que huit à dix mois après avoir été choisis. Au départ, nous enregistrions deux épisodes par jour. Depuis le début, nous n’enregistrons que la famille : Omer, Marge, Lisa, Bart. Les autres rôles se font un autre jour avec une autre équipe. Maintenant, nous enregistrons deux épisodes et demi par jour, mais ce ne sont jamais des épisodes complets.»

A partir de quel moment avez-vous changé d’avis sur la série ?

Véronique : « Il y a un esprit et bien sûr, un humour, qui sont très rapidement devenus identifiables. La série a toujours su évoluer. Bien que les personnages ne vieillissent pas, ils sont toujours en prise avec le monde. Les scénaristes sont vraiment à l’écoute de notre temps. Il y a de nombreuses références à l’actualité, on parle d’environnement, de mariage gay.
Si l’on regarde mon personnage, Marge, elle évolue beaucoup. Depuis quelques saisons, elle a commencé à se libérer. Sans être devenue féministe, elle est beaucoup moins « femme soumise au foyer ». Dans un épisode que j’adore, elle décide de se faire faire une liposuccion et ressort avec des implants mammaires ! C’est vraiment dans l’air du temps. »

Philippe : « Dès le départ, nous avons apprécié le côté corrosif et critique. La série dénotait par rapport à ce qui pouvait se faire ailleurs. Ce n’était pas « mignon » ! Au fur et à mesure des épisodes, les scénaristes ne se sont plus contentés de raconter l’histoire de Bart, l’enfant qui fait des bêtises et dès la fin de la deuxième saison, nous avons senti autre chose. »

Comment avez-vous trouvé votre voix ?

Philippe : « Nous devions nous approcher au maximum du timbre de voix américain.
J’avais fait déjà pas mal d’animations, comme ROGER RABBIT, FIEVEL, CHARLIE et d’autres. Ce que l’on me demandait était tout à fait dans mes cordes. La voix d’Homer est assez proche de mon timbre. Mais je ne revendique pas les trois premières saisons, assez différentes de ce que je fais maintenant. Au départ, ce que je faisais était un peu trop sérieux, un peu raide. Bart était le personnage principal et je ne m’amusais pas trop. Par contre, lorsque Homer a pris sa place, j’ai
pu me lâcher un peu plus. »

Véronique : « La voix américaine de Marge est très rauque et cassée. Julie Kavner, l’actrice qui lui prête sa voix, a un certain vécu. Pour moi, c’est un travail de gorge. C’est un effort qui porte sur mes cordes vocales et je m’en sors avec deux octaves en moins ! Je rentre à la maison exténuée. Pendant les premières années, il m’est même arrivé à deux ou trois reprises de devenir aphone. Quand je suis très fatiguée, ma voix se fatigue, se voile et je sens que je risque de la perdre. Je demande alors à travailler sur un épisode un peu moins important pour reporter au lendemain un travail plus difficile. Mais c’est heureusement très rare. Régulièrement, je m’exerce. Si je sens que la voix ne vient pas, je commence à faire des gammes. »

Comment définiriez-vous votre personnage ?

Philippe : « Homer est un grand enfant, un loser attendrissant. Ce qui me surprend chez lui, c’est qu’il est toujours au premier degré. Il est sans perversité, sans malice, il ne calcule rien. C’est ce qui le sauve et le rend attachant. Il a également un côté simiesque, dans la mâchoire, avec sa barbe dure. C’est un grand primate, légèrement évolué. »

Véronique : « A mon sens, la situation de Marge conduit à ce qu’elle est. Elle tient la maison. Elle assume le quotidien, le ménage, les enfants, les courses, son mari. Sa voix est comme elle, usée par la charge, exténuée. »

Vous trouvez-vous des points communs avec les personnages ?

Philippe : « Nous sommes nombreux à pouvoir nous reconnaître dans ce personnage d’une mauvaise foi à toute épreuve ! Il ment avec aplomb, tout comme je peux le faire de temps à autre ! »

Véronique : « En tant que mère de famille et femme active, je me retrouve en Marge. J’aime les scènes avec ses enfants où elle essaie de les raisonner, d’expliquer à Lisa ce qu’est la vie. J’adore ces moments privilégiés tels qu’on peut les retrouver dans la vie quotidienne. Tout le monde se retrouve dans les Simpson ! C’est pour cela qu’on les aime. »

Que représentent les Simpsondans votre vie ?

Philippe : « Même si chaque saison ne représente qu’environ dix jours de travail par an, les Simpson tiennent forcément une place à part. Ils font partie de la culture universelle, ils dépassent les frontières, les classes, toutes les barrières. Plus les années passent, et plus nous prenons conscience de tout ce qu’ils représentent. C’est grâce à eux que j’ai vraiment rencontré
Véronique, et notre fille est née trois ans après. Homer a épousé Marge dans la vraie vie, et le prénom de notre fille commence par un L - mais ce n’est pas Lisa ! C’est une belle histoire pour nous. Nous n’imaginons pas que cela puisse s’arrêter. Nous serions un peu orphelins s’ils devaient disparaître. Nous avons d’ailleurs posé la question à Matt Groening que nous avons rencontré pour la première fois à l’occasion de la sortie du film, et il a confié qu’il espérait que cela durerait encore autant ! Nous savons quand même qu’il y a une vie après les Simpson et nous avons beaucoup d’autres activités. »

Véronique : « Le fait de nous retrouver, Philippe et moi, ensemble à la barre est un privilège. Notre complicité nous permet des détails très subtils. Les Simpson m’ont offert la plus belle aventure de ma vie, à travers la rencontre de Philippe et notre petite fille. Vingt ans dans une vie, ça compte ! Matt Groening nous a confié qu’il ne connaissait qu’un seul autre couple de comédiens voix qui s’étaient mariés comme leurs personnages : il s’agit des voix originales de Mickey et Minnie. »

Selon vous, qu’est-ce que le film apporte de plus que la série ?

Véronique : « Nous avons attendu ce film pendant dix-huit ans. On a commencé à en parler trois ou quatre ans après le début de la série, il aura pourtant fallu attendre aujourd’hui pour qu’il se concrétise enfin. Dans le film, en termes de rythme, d’histoire et d’enjeux, tout est plus grand. Pour la première fois, dans une scène très émouvante, Marge se lâche au point d’envisager une rupture avec Homer. Il ne faut surtout pas partir avant la fin du générique, qui réserve des surprises. Toute l’équipe a fait un travail d’orfèvre dans le respect de l’esprit de la série. Les gags sont irrésistibles et la fin est formidable. C’est vraiment excellent ; même nous qui avions une attente énorme, nous ne sommes vraiment pas déçus ! »

Philippe : « Ce film est une consécration. Nous l’avons tellement attendu que nousavions le trac. Décliner un format de vingt minutes sur près d’une heure et demie n’était pas évident. Nous sommes aujourd’hui rassurés, ce long métrage est une vraie réussite. Il apporte une tout autre dimension à la série, avec le grand écran et une excellente bande son. C’est la série puissance dix ! »

Y a-t-il une réplique de votre personnage que vous aimez particulièrement ?

Philippe : « J’aime bien le « Ouh punaise ! »,spécifique à la version française. Il n’a pas d’équivalent américain. J’aime bien le placer de temps en temps, tout comme « No problemo » ! J’aime aussi qu’Homer dise « espèce d’andouille » - et non pas idiot ou crétin. A chaque fois, il me fait rire. A mon sens, Homer existe indépendamment de moi, sinon il ne me ferait pas rire. Quand j’enregistre, que j’écoute ma voix, je ne suis jamais vraiment satisfait. Mais là, quand j’écoute les voix de tous ces personnages, je suis spectateur et il y a un vrai impact. Mais ces personnages font maintenant partie de nous. »

Véronique : « Là où j’adore Marge, et c’est sur ce point que se situe peut-être la difficulté de ce rôle pour moi, ce sont ses gémissements et ses grognements. Ses borborygmes sont très significatifs, à chaque fois différents. Je dois énormément travailler là-dessus. Il doit même m’arriver de temps en temps de grogner comme elle !


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